{"id":3219,"date":"2020-03-19T21:27:07","date_gmt":"2020-03-19T19:27:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.paroisse-sjeg.fr\/?p=3219"},"modified":"2020-03-19T21:29:58","modified_gmt":"2020-03-19T19:29:58","slug":"aimer-quest-ce-que-cest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.paroisse-sjeg.fr\/index.php\/aimer-quest-ce-que-cest\/","title":{"rendered":"AIMER, Qu\u2019est-ce que c\u2019est ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a une singuli\u00e8re vari\u00e9t\u00e9 de sens du mot amour qui donne souvent lieu \u00e0 des confusions. Lorsque je dis&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019aime le chocolat&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;j\u2019aime la peinture de Van Gogh&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;j\u2019aime ma femme&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;j\u2019aime Dieu&nbsp;\u00bb, le mot n\u2019a pas le m\u00eame sens&nbsp;! On peut distinguer quatre niveaux de profondeur de cette exp\u00e9rience, correspondant \u00e0 quatre dimensions de la personnalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plaisir, \u00e9motion, sentiment et volont\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier niveau est le plaisir&nbsp;; aimer, c\u2019est trouver du go\u00fbt \u00e0 \u00eatre avec une personne. Le plaisir en soi, est une bonne chose. Mais, il a deux limites. Il peut \u00eatre \u00e9gocentr\u00e9&nbsp;: c\u2019est pour moi que j\u2019\u00e9prouve du plaisir. Ensuite, il peut \u00eatre superficiel. On peut \u00e9prouver du plaisir quand le c\u0153ur profond reste indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Si maintenant, je passe du senti au ressenti, l\u2019amour peut-\u00eatre une \u00e9motion. L\u2019\u00e9motion est plus int\u00e9rieure que le plaisir, elle peut me disposer \u00e0 accueillir l\u2019autre, elle peut \u00eatre \u00e9merveillement par exemple, mais il se trouve malheureusement qu\u2019elle est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et qu\u2019elle aussi peut \u00eatre tr\u00e8s superficielle. On peut aller d\u2019\u00e9motion en \u00e9motion et rester \u00e0 la surface des choses, ne pas effectuer de r\u00e9el pas vers l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me degr\u00e9 m\u2019ouvre davantage \u00e0 l\u2019autre&nbsp;: c\u2019est le sentiment. Il est un attachement, une affection, une tendresse. Il ne rel\u00e8ve pas seulement du plaisir mais de la joie. Il n\u2019est pas seulement jouissance, mais r\u00e9jouissance&nbsp;: de la pr\u00e9sence de l\u2019autre, du son de sa voix, de la lumi\u00e8re de son regard\u2026 Il est plus int\u00e9rieur, mais il a aussi ses limites. Il est fragile, pr\u00e9caire, inconstant. Comme il est venu, il peut dispara\u00eetre, ou m\u00eame se renverser en son contraire, la haine. Il peut aussi ne pas aller tr\u00e8s loin en direction de l\u2019autre. On peut se complaire \u00e0 le rechercher pour lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour est aussi de l\u2019ordre de l\u2019action. Il est engagement de la volont\u00e9. Volont\u00e9, tel sera le quatri\u00e8me terme, le plus int\u00e9rieur, pour dire le mouvement de l\u2019amour. La volont\u00e9 est engagement de tout l\u2019\u00eatre, elle est d\u00e9cision, mise en \u0153uvre. Elle est au c\u0153ur de l\u2019amour. Le philosophe Alain disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aimer, c\u2019est vouloir aimer.&nbsp;\u00bb Quand je dis \u00ab&nbsp;volont\u00e9&nbsp;\u00bb, je ne pense pas au volontarisme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une volont\u00e9 crisp\u00e9e sur elle-m\u00eame ou froidement raisonnable. Je comprends ce mot comme la mise en \u0153uvre du d\u00e9sir. La volont\u00e9, c\u2019est le d\u00e9sir plus la d\u00e9cision. D\u00e9cision d\u2019accorder la priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, de tout faire pour qu\u2019il vive. Ces quatre degr\u00e9s ne s\u2019opposent pas, mais le quatri\u00e8me est le plus d\u00e9terminant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amiti\u00e9, d\u00e9sir, amour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amiti\u00e9, ce sera le premier des trois noms que je retiendrai pour diff\u00e9rencier trois formes fondamentales de l\u2019amour. L\u2019amiti\u00e9 est le lieu d\u2019une double r\u00e9v\u00e9lation&nbsp;: en m\u00eame temps que je re\u00e7ois la r\u00e9v\u00e9lation du prix de la pr\u00e9sence de l\u2019autre, je suis r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame. L\u2019amiti\u00e9 est le lieu d\u2019une double r\u00e9v\u00e9lation&nbsp;: en m\u00eame temps que je re\u00e7ois la r\u00e9v\u00e9lation du prix de la pr\u00e9sence de l\u2019autre , je suis r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame. L\u2019amiti\u00e9 est concorde, accord des c\u0153urs, ou, pour reprendre une expression de Montaigne, \u00ab&nbsp;convenance de volont\u00e9s&nbsp;\u00bb. Elle s\u2019appuie sur ce qu\u2019il y a de meilleur en chacun pour viser ensemble un bien, une valeur. Aristote d\u00e9finissait l\u2019amiti\u00e9 par un terme tr\u00e8s riche, la koimonia, c\u2019est-\u00e0-dire la communaut\u00e9. C\u2019est en mettant en commun, par la parole, par le don, par les actes de d\u00e9vouement, que l\u2019on fait exister le lien. L\u2019amiti\u00e9 m\u00e9nage et respecte cet \u00ab&nbsp;entre&nbsp;\u00bb nous, elle int\u00e8gre la distance entre les personnes. Elle reste \u00e0 bien des \u00e9gards le mod\u00e8le de l\u2019amour, dont elle est peut-\u00eatre la forme la plus lumineuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe une deuxi\u00e8me sorte d\u2019amour o\u00f9 la distance entre les personnes devient souffrance et est le lieu de naissance d\u2019une tension. Tension vers l\u2019un, vers l\u2019union ou l\u2019unit\u00e9 totale. Le partage, la Parole ne suffisent plus, l\u2019autre devient chair. Son corps m\u2019apparait dans sa densit\u00e9, son obscurit\u00e9, sa profondeur. Je suis pris dans cette tension corps eet c\u0153ur, \u00e2me et chair. Je suis pris du d\u00e9sir de plonger en l\u2019autre, de conna\u00eetre sa substance intime. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une deuxi\u00e8me forme d\u2019amour, l\u2019amour de d\u00e9sir, en grec, l\u2019amour eros. C\u2019est la forme qui touche le plus intime de notre \u00eatre, puisqu\u2019elle engage la chair, le corps v\u00e9cu de l\u2019int\u00e9rieur, et sp\u00e9cialement la sexualit\u00e9. Le d\u00e9sir est un des ressorts les plus l\u00e9gitime des relations entre les \u00eatres sexu\u00e9s que nous sommes. Il contribue par exemple \u00e0 nous en faire percevoir le charme et la beaut\u00e9. C\u2019est parce qu\u2019il engage le plus intime des corps dans leur totalit\u00e9, jusqu\u2019aux sources de la vie en eux, que sa mise en \u0153uvre appelle une relation qui soit \u00e0 la hauteur de ce que ses gestes signifient. Gestes de don, d\u2019abandon, d\u2019amour mutuel qui ne trouvent tout leur sens que dans le contexte d\u2019une relation de don r\u00e9ciproque. L\u2019amour-eros est appel\u00e9 \u00e0 prendre forme dans une relation unique, qui se construit \u00e0 travers le temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un amour d\u2019un autre ordre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en sera-t-il alors de tous ceux pour lesquels nous n\u2019\u00e9prouvons spontan\u00e9ment ni amiti\u00e9, ni d\u00e9sir&nbsp;? La Bible et la Parole chr\u00e9tienne, d\u00e8s l\u2019origine, ouvrent un troisi\u00e8me champ \u00e0 l\u2019amour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle r\u00e9compense m\u00e9ritez-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb demande J\u00e9sus (Mt 5, 46) Ailleurs, il raconte une histoire&nbsp;: \u00ab&nbsp;un homme descendait de J\u00e9rusalem \u00e0 J\u00e9richo&nbsp;\u00bb. Vous connaissez la parabole du Bon Samaritain (Lc 10) Le Samaritain s\u2019est il d\u00e9couvert un sentiment d\u2019amiti\u00e9 pour le bless\u00e9&nbsp;? Il ne le connait pas. Aurait-il eu du d\u00e9sir pour lui&nbsp;? Il serait ridicule d\u2019y penser. S\u2019il s\u2019agit bien d\u2019amour, il ne peut s\u2019agir que d\u2019un amour d\u2019un autre ordre&nbsp;: un amour pour l\u2019inconnu g\u00e9n\u00e9reux et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. Il s\u2019agit de l\u2019amour agape, terme que nous traduisons par charit\u00e9. Il consiste \u00e0 aimer l\u2019autre, comme un fr\u00e8re ou comme une s\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte est clair, il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9prouver du sentiment, mais de poser les m\u00eames actes que si l\u2019on en \u00e9prouvait. Le sentiment ne se commande pas, mais les actes eux peuvent \u00eatre command\u00e9s. Le voil\u00e0, l\u2019amour qui peut faire l\u2019objet d\u2019un commandement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu aimeras ton prochain comme toi-m\u00eame.&nbsp;\u00bb, autrement dit, tu feras tout pour que l\u2019autre vive, tu d\u00e9penseras sans compter pour que l\u2019on presse soin de lui\u2026 ou tu prendras toi-m\u00eame soin de lui. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un choix fondamental d\u2019un engagement de la libert\u00e9. Mais, nous sentons bien que ce vouloir vient de plus loin et plus profond qu\u2019une d\u00e9cision rationnelle ou un choix intellectuel. Dire que le samaritain agit par amour, c\u2019est dire qu\u2019il n\u2019agit pas seulement par devoir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au c\u0153ur de l\u2019amour, un mouvement de foi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aimer quelqu\u2019un, c\u2019est se r\u00e9jouir qu\u2019il existe. Derri\u00e8re le terme de \u00ab&nbsp;r\u00e9jouissance&nbsp;\u00bb, il y a celui de \u00ab&nbsp;reconnaissance&nbsp;\u00bb. Se r\u00e9jouir qu\u2019il existe, c\u2019est avoir reconnu son existence comme unique porteuse d\u2019un myst\u00e8re qui rayonne dans l\u2019\u00e9clat de regard comme une \u00e9toile dans la nuit. \u00ab&nbsp;Je t\u2019aime&nbsp;\u00bb signifie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu as du prix \u00e0 mes yeux.&nbsp;\u00bb Comme le rappelait Jean Vannier&nbsp;: \u00ab&nbsp;aimer quelqu\u2019un, c\u2019est lui r\u00e9v\u00e9ler sa beaut\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Evangile commande d\u2019aimer son prochain \u00ab&nbsp;comme soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb. Mais, il va plus loin que la lettre de ce commandement, puisque, lors de son dernier repas, J\u00e9sus affirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu\u2019on aime.&nbsp;\u00bb Jn 15, 13. Donner sa vie, c\u2019est accepter de la perdre, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de renoncer \u00e0 la poss\u00e9der. Mais, me direz-vous, pour aimer, pour donner sa vie, il faut \u00eatre vivant, il faut \u00eatre soi-m\u00eame, avoir de la consistance. C\u2019est le grand paradoxe de l\u2019amour. Le don de soi n\u2019est pas une attitude suicidaire. Il prend sa source dans une exp\u00e9rience heureuse de la vie. C\u2019est parce que la vie est bonne que cela a du sens de la donner. L\u2019amour vrai n\u2019est pas la suite d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019un vide pour s\u2019accrocher \u00e0 l\u2019autre comme \u00e0 une bou\u00e9e de sauvetage. On aime mieux si on accepte paisiblement ses limites et l\u2019on sait se pardonner \u00e0 soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons dit que l\u2019amour \u00e9tait reconnaissance. Mais, de qui, de quoi&nbsp;? D\u2019un reflet de soi-m\u00eame en l\u2019autre, comme la psychologie le dit parfois&nbsp;? Il serait un peu pauvre d\u2019en rester au stade de Narcisse, amoureux de son image\u2026 Quand j\u2019aime en v\u00e9rit\u00e9, ce n\u2019est pas seulement mon miroir que je trouve en l\u2019autre. Je devine en lui, en elle, ce jaillissement de la vie dont j\u2019\u00e9prouve en m\u00eame temps la naissance en moi. C\u2019est dans la vie, pr\u00e8s de la source, que nous nous rejoignons. Le mouvement qui nous porte vers les autres vient de Dieu, de la source de l\u2019amour-agape. Au c\u0153ur de l\u2019amour, plus profond que le sentiment, le d\u00e9sir ou la volont\u00e9, au c\u0153ur m\u00eame de celle-ci, il y a un mouvement de foi, de confiance en l\u2019autre, en soi-m\u00eame, entre nous aussi, en une source de vie et d\u2019amour plus constante que les al\u00e9as de notre d\u00e9sir ou de notre vie psychologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Des non-croyants peuvent vivre de cette foi. Ils font le pari fondamental de croire en l\u2019amour comme un don actif et re\u00e7u. Le propre du chr\u00e9tien est de pouvoir nommer la source en question, en communion avec d\u2019autres. Il est de \u00ab&nbsp;reconna\u00eetre&nbsp;\u00bb, comme le dit st Jean, cette source et de l\u2019aimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, ce que nous aimons en l\u2019autre, ce n\u2019est pas seulement le reflet de nous-m\u00eames, ni celui de l\u2019autre, mais le reflet de Dieu. Et nous d\u00e9couvrons que la meilleure voie pour \u00eatre r\u00e9concili\u00e9 avec soi-m\u00eame, pour \u00ab&nbsp;s\u2019aimer soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb, est de faire l\u2019exp\u00e9rience que l\u2019on est aim\u00e9. Aim\u00e9 radicalement, par un acte cr\u00e9ateur, qui suscite \u00e0 chaque instant ce qui me fait absolument unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Xavier Lacroix, th\u00e9ologien<\/p>\n\n\n\n<p><em>1\/ Qu\u2019est ce qui raisonne pour vous dans ce texte&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>2\/ Depuis votre premi\u00e8re rencontre, quels sont les \u00e9tapes de l\u2019amour que vous avez travers\u00e9es&nbsp;? Racontez les-vous.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>3\/ Qu\u2019est-ce que l\u2019autre vous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de vous-m\u00eames&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>4\/ En quoi cet amour que vous vivez vient-il de Dieu&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"612\" height=\"408\" src=\"https:\/\/www.paroisse-sjeg.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/aimer.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3222\" srcset=\"https:\/\/www.paroisse-sjeg.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/aimer.jpeg 612w, https:\/\/www.paroisse-sjeg.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/aimer-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.paroisse-sjeg.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/aimer-600x400.jpeg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 612px) 100vw, 612px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a une singuli\u00e8re vari\u00e9t\u00e9 de sens du mot amour qui donne souvent lieu \u00e0 des confusions. 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